Dans notre article d'introduction, on comparait l'achat d'une action à la décision d'accompagner un commerçant. Entrons maintenant dans le détail, famille d'indicateurs par famille d'indicateurs. On commence par la plus intuitive : le prix.
Reprenons la boutique du voisin : elle vous est proposée à 20 millions de FCFA. Avant même de vérifier si elle est bien tenue, une question s'impose : est-ce un bon prix ? Une excellente boutique payée trois fois trop cher reste un mauvais achat. C'est tout l'objet de la valorisation : non pas « est-ce une bonne société ? », mais « est-ce un bon prix pour cette société ? ». Fiducy suit cinq indicateurs pour y répondre.
Le PER : combien d'années pour se rembourser ?
Le PER (Price-to-Earnings Ratio, le « prix sur bénéfices ») est le plus connu. Il rapporte le prix de l'action au bénéfice qu'elle génère. Traduit en langage de boutique : vous la payez 20 millions et elle gagne 2 millions par an. Il vous faudra donc 10 ans de bénéfices pour vous rembourser. C'est un PER de 10.
Un PER faible peut signaler une bonne affaire… ou un problème que le marché anticipe. Un PER élevé peut être justifié par une forte croissance à venir. Le chiffre ne se lit jamais seul.
Le Price-to-Book : le prix face au patrimoine
Le Price-to-Book (P/B, le « prix sur patrimoine ») compare le prix à la valeur comptable de l'entreprise : ce qui resterait si on vendait le mobilier, le stock, les murs, après avoir remboursé les dettes. Pour la boutique, ce patrimoine net vaut 10 millions. À 20 millions, vous payez donc deux fois le patrimoine : un P/B de 2. Le supplément, c'est le prix de ce qui ne figure pas dans les comptes : l'emplacement, la clientèle fidèle, les bénéfices attendus.
À l'inverse, un P/B inférieur à 1 veut dire que le marché paie l'entreprise moins cher que son patrimoine comptable. Rassurant en apparence, mais souvent le signe que le marché doute de la capacité de ce patrimoine à générer des profits.
Le rendement du dividende : le loyer de l'investissement
Le rendement du dividende rapporte le dividende annuel au cours de l'action. C'est le loyer que votre argent vous rapporte chaque année, indépendamment de la revente. La boutique verse 1 million par an à ses associés ; payée 20 millions, elle rapporte donc du 5 %. Attention : un rendement très élevé peut aussi traduire un cours qui a chuté, pas forcément une générosité durable.
Deux mesures complémentaires
Le Price-to-Sales (P/S, le « prix sur ventes ») rapporte le prix au chiffre d'affaires : 20 millions de prix pour 20 millions de ventes annuelles, un P/S de 1. Il est surtout utile pour les sociétés jeunes, qui vendent déjà mais ne dégagent pas encore de bénéfice net.
L'EV/EBITDA, enfin, se met dans la peau d'un repreneur. Pensez au business de taxis : les voitures ont été achetées à crédit, et qui rachète l'affaire reprend aussi les traites. La valeur d'entreprise (EV) additionne donc le prix et la dette nette : 20 millions plus 4 millions de dettes pour la boutique, soit 24 millions. On la compare à l'EBITDA, c'est-à-dire ce que l'activité met en caisse une fois payés les fournisseurs, le loyer et les salaires, mais avant les intérêts d'emprunt, les impôts et l'usure du matériel : 4 millions par an ici. Il faudrait donc 6 années d'exploitation pour couvrir le prix et la dette. C'est le prix vu par un repreneur, qui hérite de tout.
Ce que le prix ne dit pas
La valorisation répond à « combien ça coûte », jamais à « est-ce que ça marche ». Une action peut être bon marché et le rester longtemps parce que l'entreprise stagne. À l'inverse, une société chère peut mériter son prix si elle croît vite et gagne beaucoup. Le prix n'a de sens que rapporté à ce que l'affaire gagne réellement : c'est la rentabilité, que nous verrons dans le prochain volet.
À retenir. La valorisation dit si le prix est raisonnable, pas si l'entreprise est bonne. Retrouvez le PER, le P/B, le rendement et les autres, avec leurs formules, dans le glossaire Fiducy, et leurs valeurs à jour sur chaque fiche valeur.
