Après « combien ça coûte » et « est-ce que ça gagne », vient une question qu'on oublie trop souvent : est-ce que ça tient debout ? Une affaire rentable peut s'effondrer au premier imprévu si elle est trop endettée.
Reprenons la boutique. Vous savez maintenant qu'elle gagne de l'argent. Reste à savoir si elle doit trop, et si elle pourra payer ses fournisseurs le mois prochain.
Le poids des dettes
La boutique a emprunté 6 millions et garde 2 millions en caisse : sa dette nette (la dette moins ce qui dort en caisse) est donc de 4 millions.
La Dette sur fonds propres (le levier) indique quelle part de l'affaire est financée par emprunt plutôt que par les associés : 6 millions empruntés pour 10 millions apportés, un levier de 0,6. La Dette nette sur EBITDA traduit le même souci en durée : combien d'années de cash d'exploitation il faudrait pour tout rembourser. Ici, 4 millions de dette nette pour 4 millions mis en caisse par l'activité chaque année : un an, très confortable. Au-delà de trois à quatre ans, la situation devient tendue. La Dette sur capital total exprime la même information à une autre échelle : le levier peut s'envoler quand les fonds propres fondent, alors que ce ratio reste toujours entre 0 et 100 % (ici 37,5 %).
Pourra-t-elle payer demain ?
Deux ratios regardent le court terme. Le ratio de liquidité compare ce que la boutique peut mobiliser rapidement à ce qu'elle doit régler bientôt. Elle doit 3 millions à ses fournisseurs dans les mois qui viennent ; entre sa caisse (2 millions), ce que ses clients lui doivent (1 million) et son stock (1,5 million), elle peut mobiliser 4,5 millions : un ratio de 1,5, elle passe le cap. Le ratio de liquidité réduite refait le calcul sans le stock, plus prudent, car des marchandises ne se vendent pas toujours à temps : 3 millions mobilisables pour 3 millions à régler, un ratio de 1, tout juste à l'équilibre. En dessous de 1, l'entreprise risque de manquer de trésorerie.
Le cas à part des banques
Une précision qui compte à la BRVM, où les banques et les assurances pèsent lourd : ces seuils ne se lisent pas tels quels pour elles. Collecter des dépôts et emprunter pour prêter, c'est leur métier ; leur solidité s'apprécie avec des règles propres au secteur.
Ce que la solidité ne dit pas
Une entreprise très prudente mais qui n'avance plus n'est pas forcément un bon placement. La sécurité rassure ; encore faut-il que l'affaire grandisse. C'est la croissance, prochain volet.
À retenir. La solidité vérifie qu'une entreprise rentable ne se met pas en danger par la dette. Le détail de chaque ratio est dans le glossaire Fiducy, et leurs valeurs à jour sur chaque fiche valeur.
