Le Journal
Décryptage

Choisir une action, c'est presque un métier

Regarder deux ou trois chiffres ne suffit pas. Investir dans une société, c'est comme accepter d'accompagner un commerçant : on examine son passé, sa santé, sa croissance, puis on décide de prendre le risque. Petit guide sans jargon.

Rédaction Fiducy15 juillet 2026Lecture 5 min
Choisir une action, c'est presque un métier
23 indicateurs fondamentaux, rangés en 5 familles
  • 5 familles : prix, rentabilité, solidité, croissance, votre part
  • 1 fois / an : rythme des comptes, d'où le suivi continu
  • 1 Score : la synthèse, calculée par Fiducy

Imaginez qu'un proche vous propose d'investir dans sa boutique, ou dans son projet de taxis. Que faites-vous ? Vous ne dites pas oui parce que la devanture est jolie. Vous demandez à voir : les résultats des années passées, s'il en a. Sa vision, et surtout comment il compte s'y prendre. Vous jetez un œil à la santé de l'affaire : combien elle doit, combien elle gagne, si les ventes progressent. Et une fois plus ou moins rassuré, vous décidez de prendre le risque de l'accompagner. Le risque, oui, car rien ne garantit que le commerce marchera.

Acheter une action, c'est exactement cela. Vous devenez co-propriétaire d'une entreprise. La seule différence, c'est que vous ne connaissez pas le patron autour d'un thé : vous le jugez sur pièces, à travers ses comptes.

Pourquoi deux ou trois chiffres ne suffisent pas

On entend souvent « le PER est bas, donc l'action est bon marché, il faut acheter ». C'est aussi naïf que de racheter une boutique juste parce que le prix demandé est faible. Peut-être qu'il est faible parce que le quartier se vide, que le bail se termine, ou que le stock est périmé.

Un seul chiffre ne dit jamais toute l'histoire. Une action se juge comme un faisceau d'indices : le prix, la rentabilité, la solidité, la croissance. C'est précisément ce qui rend l'exercice exigeant. Presque un métier. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut le résumer à cinq questions de bon sens.

Les cinq questions à se poser

1. Combien je paie ? (la valorisation)

C'est le prix demandé pour la boutique. Est-il raisonnable au regard de ce qu'elle rapporte ? Le PER répond en une image : combien d'années de bénéfices il faudrait pour « rembourser » le prix de l'action. Le Price-to-Book (P/B) compare le prix à la valeur comptable de l'entreprise. L'EV/EBITDA compare le prix, dette comprise, à ce que l'activité met en caisse chaque année (c'est cela, l'EBITDA). Le Price-to-Sales rapporte le prix aux ventes. Et le rendement du dividende, c'est le « loyer » annuel que l'action vous verse.

Payer trop cher une bonne entreprise reste un mauvais investissement.

2. Est-ce que ça gagne de l'argent ? (la rentabilité)

Une boutique peut vendre beaucoup et ne rien gagner. La rentabilité mesure ce qui reste vraiment. Le ROE dit combien l'entreprise gagne avec l'argent des associés ; le ROA et le ROIC élargissent la vue à tous les capitaux employés. Les marges (brute, EBITDA, nette) racontent, à chaque étape, quelle part des ventes se transforme enfin en bénéfice. Une marge nette solide et durable, c'est le signe d'une affaire qui tient.

3. Est-ce solide ? (la santé financière)

La boutique est-elle criblée de dettes ? Pourra-t-elle payer ses fournisseurs le mois prochain ? La Dette / Fonds propres et la Dette nette / EBITDA mesurent le poids des emprunts. Les ratios de liquidité (courant et réduit) vérifient qu'elle peut honorer ses échéances de court terme. Une entreprise rentable mais trop endettée peut trébucher au premier coup dur.

4. Est-ce que ça grandit ? (la croissance)

Les ventes montent-elles d'année en année, ou stagnent-elles ? On suit l'évolution du chiffre d'affaires, de l'EBITDA, du résultat net et du BPA (le bénéfice par action). Une croissance régulière vaut souvent mieux qu'un exploit isolé suivi d'une rechute.

5. Et pour moi, actionnaire ? (par action)

Enfin, ramené à votre part : la valeur comptable par action (le patrimoine derrière chaque titre), le dividende par action (ce que vous encaissez), le cash-flow par action (l'argent réellement généré). Ces repères traduisent l'entreprise à votre échelle d'associé.

Les chiffres racontent le passé, les dirigeants font l'avenir

Attention : tous ces indicateurs décrivent surtout hier et aujourd'hui. Ils ne disent pas ce que fera demain une nouvelle équipe dirigeante, un changement de stratégie, ou l'arrivée d'un concurrent. Comme pour la boutique, la vision et la qualité des dirigeants peuvent tout changer. Les chiffres rassurent ; ils ne remplacent pas le jugement sur les hommes et le marché.

Une photo par an ne suffit pas

La plupart des sociétés de la BRVM ne publient leurs comptes complets qu'une fois par an. C'est une photo, prise il y a parfois plusieurs mois. Or entre deux photos, la vie de l'entreprise continue.

Pour reprendre l'image : après avoir misé sur le projet de taxis, vous ne rangez pas le contrat dans un tiroir en attendant. Vous regardez, régulièrement, si les taxis roulent. De la même façon, on reste au fait de l'actualité de la société : ses annonces, ses opérations sur titres (dividendes, augmentations de capital), ses changements de direction, la conjoncture de son secteur.

Au bout du compte, un pari éclairé

Même après avoir tout examiné, la certitude n'existe pas, exactement comme pour la boutique du voisin. L'analyse ne supprime pas le risque : elle le rend conscient et mesuré. On ne met pas toutes ses économies sur un seul titre ; on diversifie ; on accepte de se tromper parfois. C'est le prix de l'investissement.

Ce que Fiducy fait à votre place

Éplucher 23 indicateurs sur des dizaines de sociétés, à la main, dans des états financiers touffus, c'est effectivement un travail. C'est ce que Fiducy fait pour vous : chaque fiche valeur rassemble les 23 indicateurs, rangés par famille, avec leur tendance, et les résume en un Score lisible. Chaque terme est défini, sans jargon, dans notre glossaire. L'objectif n'est pas de décider à votre place, mais de vous donner de quoi décider en connaissance de cause.

La boutique, en chiffres

Ceci n'est que le point de départ. Dans les prochains volets, nous prenons chaque famille d'indicateurs, une par une, toujours avec la même boutique en tête. La voici, posée en chiffres une fois pour toutes. Tous les exemples de la série se calculeront sur cette même affaire :

La boutique du voisin
Prix demandé 20 millions FCFA, en 100 parts de 200 000 FCFA
Ventes annuelles 20 millions FCFA
Ce que l'activité met en caisse chaque année (EBITDA) 4 millions FCFA
Bénéfice net 2 millions FCFA
Patrimoine net (l'apport des associés) 10 millions FCFA
Emprunts 6 millions FCFA
Argent en caisse 2 millions FCFA
Dividende versé aux associés 1 million FCFA par an

Pour aller plus loin. Retrouvez la définition détaillée de chaque indicateur, avec sa formule et un exemple, dans le glossaire Fiducy. Les 23 indicateurs et le Score sont affichés sur chaque fiche valeur.

Dans la même série

Le JournalAnalyse exclusive FiducyPar Rédaction Fiducy15 juillet 2026

Avertissement. Cette analyse est publiée à titre purement informatif, à partir de données de marché. Elle ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Toute décision d'investissement relève de votre seule responsabilité.

La BRVM, lisible et actionnable.