- +9,3 %chiffre d'affaires (1 049,8 Mds)
- +11,6 %EBITDAAL (510,8 Mds)
- +10,5 %résultat net (230,0 Mds)
La Sonatel a publié le 24 juillet ses comptes du premier semestre 2026. Comme à chaque fois, trois chiffres tournent en boucle dans la presse : un chiffre d'affaires de 1 049,8 milliards FCFA (+9,3 %), un EBITDAAL de 510,8 milliards (+11,6 %) et un résultat net de 230,0 milliards (+10,5 %). Trois hausses solides, trois lignes de titre. Et à peu près tout ce que la plupart des lecteurs retiendront.
C'est dommage, parce que l'essentiel est ailleurs. Le rapport détaillé, le pont de revenus, la ventilation par pays et les états financiers consolidés contiennent des chiffres bien plus parlants pour qui veut comprendre ce que vaut vraiment l'entreprise. En voici six.
1. Le chiffre qui compte vraiment : le cash a doublé
Le résultat net, c'est du bénéfice comptable. Le free cash-flow, c'est l'argent réellement disponible une fois les investissements payés, celui qui finance le dividende et le désendettement. Sur ce terrain, le semestre est spectaculaire : le free cash-flow atteint 180,4 milliards FCFA, en hausse de 100 % sur un an. Il a littéralement doublé. Le cash-flow opérationnel, lui, progresse de 16,9 % à 356,8 milliards.
Comment double-t-on son cash quand le chiffre d'affaires ne gagne « que » 9,3 % ? Par la discipline sur les investissements. Le CAPEX reste stable en valeur (154 milliards) mais recule en proportion du chiffre d'affaires, de 15,9 % à 15,0 %. Sonatel investit autant, sur une base de revenus plus large : mécaniquement, il reste plus d'argent en caisse. Résultat, la trésorerie de clôture grimpe à 560,5 milliards, contre 536,1 six mois plus tôt.
| Indicateur de cash | S1 2025 | S1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Cash-flow opérationnel | 305,2 Mds | 356,8 Mds | +16,9 % |
| Free cash-flow | 90,2 Mds | 180,4 Mds | +100 % |
| CAPEX / chiffre d'affaires | 15,9 % | 15,0 % | −0,9 pt |
2. D'où vient la croissance : la data fait presque tout
Le chiffre d'affaires a gagné 89,6 milliards en un an. La vraie question n'est pas combien, mais d'où. Et la réponse est nette : la data mobile apporte à elle seule 66,4 milliards, soit près des trois quarts de toute la croissance du groupe.
Le revers, moins commenté, c'est la stagnation de la téléphonie vocale. La voix sortante, c'est-à-dire les revenus des appels passés par les clients de Sonatel (vers un autre abonné Orange, un opérateur concurrent ou l'international), ne progresse que de 1,1 % ; le roaming et les SMS, de 0,5 %. Ces métiers historiques n'apportent quasiment plus rien à la croissance. Toute la dynamique est désormais portée par trois moteurs numériques, la data, le fixe haut débit et Orange Money, autour d'un usage qui explose : chaque client data consomme en moyenne 9,2 Go par mois, en hausse de 21 %. La data représente maintenant 40,8 % du chiffre d'affaires du groupe. Sonatel n'est plus un opérateur de la voix qui vend de la data ; c'est l'inverse.
| Activité | Revenus S1 2026 | Poids du CA | Croissance |
|---|---|---|---|
| Data mobile | 428,4 Mds | 40,8 % | +18,3 % |
| Orange Money | 110,8 Mds | 10,5 % | +5,4 % |
| Internet haut débit | 72,9 Mds | 7,0 % | +9,2 % |
| Voix (appels des clients) | — | — | +1,1 % |
3. La carte que personne ne regarde : le Mali recule, la Guinée décolle
Le « +0,9 % » du parc mobile consolidé cache deux trajectoires opposées. Derrière ce quasi-surplace se joue un rééquilibrage géographique que le chiffre d'ensemble efface complètement.
| Pays | Parc mobile S1 2026 | Variation sur un an |
|---|---|---|
| Sénégal | 13,7 M | +1,4 % |
| Mali | 11,7 M | −10,3 % |
| Guinée | 11,2 M | +14,8 % |
| Sierra Leone | 3,1 M | +1,4 % |
| Guinée-Bissau | 1,5 M | +1,9 % |
Le Mali perd plus d'un million de clients mobiles en un an, pénalisé par le durcissement des mesures d'identification des abonnés. Dans le même temps, la Guinée gagne près de 15 % et talonne désormais le Sénégal, historiquement premier marché du groupe. Une entreprise « en croissance stable » vue de loin, mais un portefeuille de pays qui bouge beaucoup vu de près. Pour un investisseur, cette asymétrie est une information de risque : la dépendance à un marché en repli et l'exposition à un marché en forte accélération ne se pilotent pas de la même façon.
4. Orange Money : le paradoxe du volume
Orange Money est présenté comme un relais de croissance, et c'est vrai côté usage : 2,3 milliards de transactions sur le semestre, un volume en hausse de 17,7 %, et 13,8 millions de comptes actifs (+9,5 %). Le service est massivement utilisé.
Mais regardez la ligne de revenus : +5,4 % seulement. Le volume grossit trois fois plus vite que le chiffre d'affaires qu'il génère. Autrement dit, chaque transaction rapporte de moins en moins. C'est le signe d'une pression concurrentielle et tarifaire réelle sur le mobile money ouest-africain. Un relais de croissance qui grandit vite en usage, plus lentement en valeur : la nuance change complètement la lecture qu'on peut en faire.
5. Ce que touche vraiment l'actionnaire de Sonatel SA
Voici sans doute le chiffre le plus important pour qui détient l'action à la BRVM, et le plus systématiquement oublié. Le résultat net de 230 milliards est un résultat consolidé : il inclut la part qui revient aux actionnaires minoritaires des filiales (le groupe Orange et d'autres détiennent des parts au Mali, en Guinée, en Sierra Leone...). Ce qui revient réellement à la société mère cotée, la part du groupe, s'établit à 189,3 milliards, soit 82 % du total. Les 40,6 milliards restants ne sont pas à vous.
Ramené aux 100 millions d'actions Sonatel, cela donne un bénéfice par action, part du groupe, d'environ 1 893 FCFA sur le semestre, en hausse de 9,9 % sur un an. À titre de repère, le dividende détaché en 2026 s'élevait à 1 933 FCFA par action, le plus élevé de toute la cote. C'est cette part du groupe, et non le résultat consolidé affiché en gros, qu'il faut rapporter au cours de bourse pour raisonner en PER ou en rendement.
| De l'affiche à votre part | Montant |
|---|---|
| Résultat net consolidé | 230,0 Mds |
| dont part des minoritaires | 40,6 Mds |
| dont part du groupe (Sonatel SA) | 189,3 Mds |
| Bénéfice par action, part du groupe (semestre) | ≈ 1 893 FCFA |
6. L'impôt, le poids lourd invisible
Dernier grand oublié : la fiscalité. Sur un résultat avant impôt de 354 milliards, Sonatel acquitte 124,2 milliards d'impôt sur les sociétés, soit un taux effectif d'environ 35 %. En ajoutant les 95,7 milliards d'impôts et taxes d'exploitation, l'État capte une part considérable de la valeur créée, avant même le premier franc de dividende. Le groupe chiffre d'ailleurs sa contribution fiscale totale (taxes directes et indirectes) à plus de 540 milliards FCFA sur le semestre, l'équivalent de la moitié de son chiffre d'affaires, au titre de son empreinte socio-économique.
Cette solidité a une contrepartie rassurante : avec 560 milliards de trésorerie pour environ 407 milliards de dette financière, Sonatel affiche une trésorerie nette positive. C'est ce profil qui a valu au groupe le relèvement de sa notation à AAA (wu) par GCR Ratings, avec perspective stable.
Trois chiffres font les titres ; six en disent bien plus. Un cash-flow qui double, une croissance devenue presque entièrement numérique, un Mali qui recule, une part du groupe à 82 % : voilà le semestre que les gros titres ne racontent pas.
Sources et méthode. Chiffres tirés du rapport d'activité semestriel consolidé de Sonatel au 30 juin 2026 (attesté par Deloitte et GARECGO le 23 juillet 2026) et de la présentation des résultats S1 2026. Le bénéfice par action est calculé sur la base de 100 millions d'actions et du résultat net part du groupe ; un chiffre semestriel, à ne pas annualiser mécaniquement. Cette analyse est publiée à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.
